Comparer la fiscalité des PME en Suisse et dans les principaux pays européens

Comparer la fiscalité des PME en Suisse et dans les principaux pays européens

Introduction à la fiscalité des PME en Europe

La fiscalité des petites et moyennes entreprises (PME) constitue un facteur déterminant dans leur compétitivité, leur capacité de croissance et leur attractivité aux yeux des investisseurs. En Suisse comme dans les principaux pays européens — Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni et Pays-Bas — les régimes fiscaux appliqués aux PME diffèrent sensiblement, avec des implications directes sur la manière de faire des affaires dans chaque juridiction.

Dans cet article, nous allons analyser en détail les taux d’imposition, les systèmes fiscaux, les incitations fiscales et les charges sociales applicables aux PME dans une perspective comparative. Nous mettrons en lumière les avantages et désavantages de chaque environnement fiscal afin de mieux comprendre comment se positionne la Suisse face à ses voisins européens.

Le régime fiscal suisse pour les PME

La Suisse est réputée pour son système fiscal attractif, notamment à l’égard des entreprises. Le pays applique un système fédéral où les entreprises sont imposées à trois niveaux : fédéral, cantonal et communal. Cela signifie que les taux d’imposition peuvent varier considérablement selon le canton où la PME est implantée.

Depuis la réforme fiscale RFFA (Réforme de la fiscalité des entreprises et financement de l’AVS), entrée en vigueur en 2020, les taux effectifs d’impôt sur les bénéfices des entreprises varient généralement entre 11% et 21%, selon les cantons. À titre d’exemple, le canton de Zoug propose un taux global d’imposition des bénéfices avoisinant les 11,9%, tandis que Genève ou Vaud affichent des taux proches de 14-15%.

Outre ces taux concurrentiels, la Suisse offre une grande sécurité juridique, une simplification administrative pour les PME et des mécanismes d’incitation pour l’innovation — par exemple, la déduction en lien avec les investissements dans la recherche et développement (R&D).

France : une fiscalité plus lourde mais des réformes en cours

En France, les PME sont soumises à l’impôt sur les sociétés (IS), qui a connu une baisse progressive ces dernières années. En 2024, le taux normal de l’IS est fixé à 25%. Toutefois, un taux réduit de 15% est applicable sur les premiers 42 500 euros de bénéfices pour les PME réalisant un chiffre d’affaires inférieur à 10 millions d’euros.

La France applique par ailleurs une fiscalité sociale relativement lourde, avec des cotisations obligatoires patronales élevées, ce qui augmente le coût de l’emploi pour les entrepreneurs. Néanmoins, le crédit d’impôt recherche (CIR) et d’autres dispositifs, comme le statut de Jeune Entreprise Innovante (JEI), constituent des incitations fiscales significatives pour les PME technologiques et scientifiques.

Allemagne : un système fédéral mais plus uniforme que la Suisse

Le système fiscal allemand est également de nature fédérale, avec une imposition au niveau fédéral, régional et local. Le taux de l’impôt sur les sociétés est composé de plusieurs éléments :

  • Un impôt fédéral sur les bénéfices de 15%
  • Une surtaxe de solidarité de 5,5% sur cet impôt
  • Une taxe professionnelle (Gewerbesteuer) prélevée par les municipalités, dont le taux varie généralement entre 10% et 17%

En résultat, les PME allemandes subissent un taux effectif d’imposition situé entre 30% et 33%, bien supérieur à celui en vigueur en Suisse. Cependant, l’Allemagne offre un environnement fiscal stable et des mesures de soutien notables à l’investissement, notamment via les subventions régionales structurelles (ERP) et divers programmes de soutien aux entreprises de taille intermédiaire.

Italie : des réformes pour alléger la pression fiscale

L’Italie a mis en place plusieurs réformes structurelles destinées à alléger la fiscalité des entreprises, y compris celle des PME. Le taux standard de l’impôt sur les sociétés (IRES) est de 24%, auquel s’ajoute l’impôt régional sur les activités productives (IRAP), dont le taux varie entre 3,9% et 4,82% selon les régions.

Le taux effectif d’imposition des PME italiennes est donc souvent supérieur à 27%, mais certaines réductions sont possibles, notamment pour les entreprises qui embauchent du personnel ou investissent dans les zones défavorisées du Sud. Le régime du forfettario, système de prélèvement simplifié, est destiné aux micro-entreprises et travailleurs indépendants réalisant un chiffre d’affaires annuel inférieur à 85 000 euros. Il prévoit un taux d’imposition forfaitaire réduit à 15%, voire 5% les premières années d’activité.

Royaume-Uni : une fiscalité historiquement favorable aux PME

Le Royaume-Uni dispose d’une fiscalité historiquement perçue comme pro-entrepreneuriale. En 2023, le taux d’impôt sur les sociétés a été ajusté à 25% pour les entreprises ayant un bénéfice supérieur à 250 000 £. Les PME dont le bénéfice est inférieur à 50 000 £ bénéficient d’un taux réduit de 19% grâce au système de marginal relief.

Outre ces taux compétitifs sur une partie du spectre entrepreneurial, le Royaume-Uni propose également le Small Business Rate Relief pour alléger la fiscalité locale, des allègements sur les contributions sociales pour les très petites structures, ainsi que plusieurs incitations fiscales telles que les Enterprise Investment Schemes (EIS) et les Research and Development Tax Credits.

Pays-Bas : fiscalité attractive avec une forte digitalisation administrative

Les Pays-Bas appliquent une structure d’imposition par tranches pour les entreprises. En 2024, les entreprises dont le bénéfice est inférieur à 395 000 euros paient un taux d’impôt sur les sociétés de 19%. Pour les bénéfices supérieurs, le taux passe à 25,8%.

Le climat fiscal néerlandais est favorable aux PME grâce à des démarches administratives bien digitalisées, à une transparence fiscale efficace, et à plusieurs mécanismes de déduction avantageux, notamment dans le domaine de la propriété intellectuelle et de la R&D avec la réglementation WBSO (Wet Bevordering Speur- en Ontwikkelingswerk).

Comparaison des taux effectifs d’imposition

Pour synthétiser les écarts existants entre les diverses juridictions, voici une comparaison des taux effectifs moyens d’imposition des PME (en prenant en compte les taxes fédérales, locales et les surtaxes) :

  • Suisse : 11% à 21% selon le canton
  • France : 25% (15% sur les premiers 42 500 € sous condition)
  • Allemagne : 30% à 33%
  • Italie : 27% à 29% (5%-15% pour le régime forfettario)
  • Royaume-Uni : 19% à 25% selon les bénéfices
  • Pays-Bas : 19% à 25,8% selon les bénéfices

Incitations fiscales et simplification administrative

Un autre point clé de différenciation entre les pays réside dans les dispositifs fiscaux incitatifs et dans le degré de complexité administrative :

  • En Suisse : Incitations R&D, stabilité réglementaire et cantons pro-business
  • En France : CIR, JEI, mais complexité administrative importante
  • En Allemagne : Subventions régionales et aides structurelles, mais lourdeurs bureaucratiques
  • En Italie : Taux allégés pour les micro-entreprises, mais lenteur administrative
  • Au Royaume-Uni : Systèmes de crédits d’impôt et allègements locaux, forte digitalisation
  • Aux Pays-Bas : Simplicité administrative et cadre fiscal stable pour l’innovation

En résumé, la Suisse se positionne favorablement en matière de fiscalité des PME, en particulier dans les cantons ayant une politique fiscale compétitive. Toutefois, les pays comme les Pays-Bas et le Royaume-Uni offrent également des avantages notables, surtout en ce qui concerne la simplicité de gestion fiscale et les incitations à l’innovation. Chaque pays européen possède ainsi ses spécificités fiscales qu’il convient de prendre en compte lors de la création ou de l’implantation d’une PME à l’international.